Débat France 2 sur l’identité Nationale : le plan « com » de BESSON

Très intéressante analyse de Riwal FERRY sur le site rue89 sur le désistement de dernière minute du débat organisé sur France 2 entre marine LE PEN et le traître Eric BESSON.

On a pu remarquer que le service public laissait Madame LE PEN exhiber un bulletin du front National sur un plan cadre d’au moins dix secondes …

Comment Peillon a fait dérailler le beau plan de com’ de Besson

Par Riwal Ferry
Partager:« Pipolisation », obsession de la « petite phrase », spectacularisation permanente et masquage de la forêt du temps long par l’arbre de l’événement : la lecture du champ politique a pris un chemin inverse de celui de la connaissance historique, où la vague de la « nouvelle Histoire », au tournant des années 70, a balayé la communication politique.

C’est un fait, je ne suis pas le dernier à le déplorer, mais il semble qu’il faille se résoudre à vivre avec.

Dans ce contexte, une gestion appropriée des médias est un avantage concurrentiel capital. Il convient non seulement de bien occuper cet espace, mais aussi d’anticiper l’écho de cette présence -quantitativement et qualitativement.

Car à la présence médiatique proprement dite succèdent invariablement ses « retombées » :

  • sur un plan quantitatif, une « bonne » présence dans un média donné sera abondamment « reprise » dans d’autres médias, démultipliant l’impact du message d’origine.
  • sur un plan qualitatif, la « reprise » sera satisfaisante si elle permet, par sa teneur, de souligner l’importance du message original et, partant, de son émetteur.

Une anecdote remarquable sur le plan de la communication politique

Anticiper l’écho, donc. Plus facile à dire qu’à faire, cela étant, si on en juge par l’exemple de ce qu’on appelle déjà, sans rire, « l’affaire Peillon ». Vincent Peillon était invité jeudi soir, sur France 2, à participer à un débat en compagnie d’Éric Besson et de Marine Le Pen.

Sujet du débat, je vous le donne en mille, « l’identité nationale ». Si, si. Toujours est-il que Vincent Peillon s’est désisté au dernier moment, suscitant l’ire des journalistes de la chaîne publique et les sarcasmes de l’UMP, notamment du rottweiler Lefebvre.

L’histoire, c’est que le socialiste devait intervenir à la fin du débat et là, les versions divergent :

  • selon Vincent Peillon, cette présence tardive était outrageante, il n’entendait pas jouer les faire-valoir.
  • selon France 2, l’intéressé était parfaitement au courant de ce timing, s’en accommodait et même s’en satisfaisait puisque ça lui permettrait de « ramasser » le débat.

Qui ment, qui dit la vérité, sincèrement, on s’en bat furieusement l’oeil. En revanche, cette anecdote est remarquable sur le plan de la communication politique.

A l’origine, quelque « spin doctor » (à moins que ce ne soit Sarkozy lui-même) suggère à Éric Besson que c’est bien gentil tout ça, le site Internet, les milliers de contributions, les « dérapages » qui agitent le Landernau, le « débat sur le débat », mais qu’il ne faut pas perdre de vue l’objectif initial de l’opération : prendre les voix du FN lors des régionales de mars.

Un dispositif étudié pour tourner en faveur d’Eric Besson

Pour ce faire, rien ne vaudrait une classique confrontation avec Marine Le Pen. De cet affrontement, on peut raisonnablement anticiper la teneur : « Voyez, moi, je ne permets pas qu’on nous pollue le béret basque, mais je le fais de façon républicaine » dira l’un ; « vous nous piquez nos idées mais vous faites les choses à moitié, halte à la contrefaçon », répondra l’autre.

Mais aussi les retombées : Eric Besson -et, partant, l’UMP- apporte des réponses somme toute raisonnables aux « bonnes » questions que pose le FN, comme disait naguère Fabius.

Là dessus, ça serait encore mieux si un ou une socialiste, peu importe qui, était dans le tableau : ça permettrait de l’attaquer sur son « angélisme » et, au final, de se positionner en « centriste ».

Tout bénef, donc : semer le doute chez les électeurs convaincus du FN, convaincre ses électeurs de rencontre, tout en rassurant la frange la moins droitière de l’électorat UMP.

Patatras : on ne parle plus que de « l’affaire Peillon »

Que la présence du ou de la socialiste de service -avec ou sans son accord- ait été délibérément ou non reléguée en fin de discussion importe peu dans ce scénario.

L’opération, en soi, n’avait qu’un seul but : réinstaller l’UMP sur le territoire du FN, au cas où le phénomène Hénin-Beaumont ne serait pas si isolé. Et pour ce faire, au-delà du niveau d’audience atteint jeudi soir, il était indispensable que les échanges du débat soient abondamment « repris » dans les médias aujourd’hui.

Mais patatras : on ne parle que de « l’affaire Peillon ». Patrice de Carolis, PDG de France 2, prend même la peine d’interpeller Martine Aubry dans une lettre ouverte que Rue89 a publié. C’est l’escalade d’un conflit, mais pas de celui espéré par Eric Besson.

Il doit en être vert de rage, le pauvre biquet : « Mais on s’en fout, de Vincent Peillon, parlez de moi et de Marine, sacré nom de Dieu ! » Eh non. C’est raté.

Le croche-pattes de Peillon est plus efficace que bien des arguments

Du coup, on peut penser ce qu’on veut de Vincent Peillon. Il se peut que cette dérobade de dernière minute lui vaille une réputation de faux-derche, voire de lâche. Il se peut que cette pirouette nourrisse la propagande UMP autour du thème « Le-PS-ne-veut-pas-débattre-de-ce-qui-compte-pour-les-Français ».

Il n’empêche qu’il aura, par ce « coup », proprement démoli une opération médiatique de l’adversaire : il l’aura privé de toute « retombée utile ». Je ne peux m’empêcher de penser que, par les temps (médiatiques) qui courent, un tel croche-pattes est bien plus efficace qu’une série d’arguments, même puissants, alignés lors d’une confrontation.

La question qui demeure, c’est celle de savoir si Vincent Peillon a réalisé ce croche-pattes en conscience, ou si c’est un coup de bol. Dans le premier cas, chapeau. Dans le second, on pourra dire qu’Éric Besson a voulu jouer au con, et qu’il a perdu.

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