SARKOZY veut réformer l’Outre Mer

Interview de Christiane TAUBIRA qui dit « On ne dit pas merci »

Qu’avez-vous pensé du discours du président de la République?
Nicolas Sarkozy a compris la demande de respect qui émane de tous les territoires des outremers. Il commence à entendre le ressort même des cris que poussent depuis des années les élus locaux, les parlementaires et le mouvement social, et que l’exécutif refusait jusqu’à présent de prendre en compte. Sur la forme, le président de la République a fait un effort en essayant de s’adresser autant aux populations des DOM-TOM qu’à leurs élus. Lui qui affectionne les formules percutantes, les jugements à l’emporte-pièce, a montré du respect. Mais sur le fond, le compte n’y est pas. Quand le président voit une contradiction entre une demande de plus d’Etat et une demande de reconnaissance des identités locales, il se trompe. Pour moi, cela n’est pas contradictoire. Nous demandons simplement que l’Etat remplisse toutes ses missions régaliennes.

Comment jugez-vous le catalogue de mesures annoncées?
Ce sont des choses que nous demandions depuis longtemps à l’Etat. On va promouvoir des hauts-fonctionnaires issus des DOM-TOM dans les citadelles administratives? Très bien. On ne dit pas merci quand une injustice est supprimée. Mais il faut voir concrètement comment ces mesures pourront être appliquées. On veut, par exemple, permettre aux préfets d’utiliser à leur guise certains crédits budgétaires selon le principe de la circularité. C’est intéressant mais encore faut-il que cela ne soit pas un prétexte pour supprimer certains financements. Si ce système de vases communicants conduit à prendre des crédits sur l’éducation pour les doner au logement, on n’aura rien gagné.

Etes-vous satisfaite de la nomination de Marie-Luce Penchard comme ministre?
Je n’ai rien contre elle, c’est une personne de bonne volonté, mais sa nomination est une rente du LKP. Elle obéit au souci de calmer les outre mers énervées.

Vous suggérez que le catalogue de mesure signe la victoire du syndicaliste Elie Domota…
Domota a servi à faire comprendre que le mouvement social, qui d’habitude est très matérialiste et corporatiste, peut embrasser un périmètre beaucoup plus large. Il a mis le doigt sur une contradiction historique majeure en posant comme une exigence le droit à l’égalité. Il a interrogé le coeur même de la République, en la renvoyant à son rapport compliqué à la différence, aux distances, à son rapport de tolérance envers des injustice qui sont scandaleuses et qui la mettent elle-même en péril.

Anne-Laure Barret – Le Journal du Dimanche

Christiane Taubira Paru dans leJDD Pour Christiane Taubira, « le compte n’y est pas« . (Reuters)

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