Port de la burqa : la résolution parlementaire
Un débat est lancé. Il pose la question d’une liberté confrontée à une autre liberté.
>> Chantal Robin-Rodrigo, députée PRG des Hautes pyrénées est signataire de la proposition de
>> résolution, je pense qu’on peut déjà lui laisser le temps de
>> s’exprimer.
>>
>> ASSEMBLÉE NATIONALE
>>
>> CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958
>>
>> TREIZIÈME LÉGISLATURE
>>
>> Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 9 juin 2009.
>>
>> PROPOSITION DE RÉSOLUTION
>>
>> tendant à la création d’une commission d’enquête sur la pratique du
>> port de la burqa ou du niqab sur le territoire national,
>>
>> (Renvoyée à la commission des lois constitutionnelles, de la
>> législation et de l’administration générale
>> de la République, à défaut de constitution d’une commission
>> spéciale dans les délais prévus
>> par les articles 30 et 31 du Règlement.)
>>
>> présentée par Mesdames et Messieurs
>>
>> André GERIN, Yves ALBARELLO, Brigitte BARÈGES, Christian BATAILLE,
>> Patrick BEAUDOUIN, Jean-Claude BEAULIEU, Jacques Alain BÉNISTI,
>> Véronique BESSE, Gabriel BIANCHERI, Jean-Marie BINETRUY, Jean-
>> Claude BOUCHET, Gilles BOURDOULEIX, Loïc BOUVARD, Michel BOUVARD,
>> Françoise BRANGET, Xavier BRETON, Dominique CAILLAUD, Jean-Jacques
>> CANDELIER, Bernard CARAYON, Patrice DEBRAY, Jean-Pierre DECOOL,
>> Jacques DESALLANGRE, Nicolas DUPONT-AIGNAN, Alain FERRY, Pierre
>> FORGUES, Jean-Louis GAGNAIRE, Sauveur GANDOLFI-SCHEIT, Jean-Paul
>> GARRAUD, Georges GINESTA, Françoise GUÉGOT, Christophe GUILLOTEAU,
>> Michel HEINRICH, Michel HERBILLON, Jacqueline IRLES, Denis JACQUAT,
>> Maryse JOISSAINS-MASINI, Jean-Pierre KUCHEIDA, Patrick LABAUNE,
>> Jacques LAMBLIN, Thierry LAZARO, Pierre LELLOUCHE, Michel LEFAIT,
>> Maurice LEROY, Lionnel LUCA, Jeanny MARC, Jean-Pierre MARCON,
>> Thierry MARIANI, Pierre MORANGE, Jacques MYARD, Nicolas PERRUCHOT,
>> Bérengère POLETTI, Jacques REMILLER, Bernard REYNÈS, Chantal ROBIN-
>> RODRIGO, Valérie ROSSO-DEBORD, Odile SAUGUES, Dominique SOUCHET,
>> Michel TERROT,
>>
>> députés.
>>
>> EXPOSÉ DES MOTIFS
>>
>> Mesdames, Messieurs,
>>
>> La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789
>> stipule : « nul ne doit être inquiété pour ses opinions même
>> religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre
>> public établi par la loi ».
>>
>> Ainsi est né le principe de laïcité constitutif de notre
>> organisation sociale et de notre histoire collective.
>>
>> La loi du 9 décembre 1905, qui sépare les églises et l’État,
>> l’enracine dans nos institutions. Le libre exercice des cultes y
>> est garanti mais la dissociation de la citoyenneté et de
>> l’appartenance religieuse y est affirmée. Aucune religion ne
>> saurait imposer ses principes comme normes d’organisation de la
>> société.
>>
>> Depuis la Constitution de 1946, le principe de laïcité a acquis une
>> valeur constitutionnelle.
>>
>> L’article 1er de la Constitution de la Ve République l’a repris et
>> précise : « La France est une République indivisible, laïque,
>> démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de
>> tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de
>> religion. Elle respecte toutes les croyances ».
>>
>> Ce cadre laïque offre la possibilité et les moyens de coexister sur
>> un même territoire à des hommes et des femmes qui ne partagent pas
>> les mêmes convictions, plutôt que de les enfermer en une mosaïque
>> de communautés repliées sur elles-mêmes et s’excluant mutuellement.
>>
>> En ce sens, la laïcité est le vecteur de l’intégration de tous dans
>> la société. Elle crée l’équilibre entre la reconnaissance du droit
>> à une identité propre, le respect des convictions individuelles et
>> le lien social.
>>
>> En articulant unité nationale, neutralité de la République et
>> reconnaissance de la diversité, la laïcité fonde, au-delà les
>> communautés traditionnelles de chacun, une communauté de destin
>> appuyée sur des valeurs communes, une volonté et un désir de vivre
>> ensemble.
>>
>> Cela implique de la République et des citoyens des droits et des
>> devoirs.
>>
>> Quand la laïcité est menacée, la société française l’est dans son
>> unité, dans sa capacité à offrir un destin commun.
>>
>> Au fil de l’histoire, des lois ont marqué l’affirmation juridique
>> du principe de laïcité. Certaines ont été nécessaires quand il
>> s’est trouvé en danger. Il nous faut, en la matière, faire preuve
>> de lucidité.
>>
>> Il en a ainsi été de la loi n° 2004-228 du 15 mars 2004 interdisant
>> le port de signes ou tenues par lesquels des élèves manifestaient
>> ostensiblement leur appartenance religieuse au sein d’un
>> établissement scolaire.
>>
>> Elle s’inscrivait dans le prolongement du rapport et des
>> recommandations de la commission de réflexion, dite « Commission
>> Stasi » sur l’application du principe de laïcité, remis au
>> Président de la République, Jacques Chirac, le 11 décembre 2003.
>>
>> Nous sommes aujourd’hui confrontés, dans les quartiers de nos
>> villes, au port par certaines femmes musulmanes de la burqa,
>> voilant et enfermant intégralement le corps et la tête dans de
>> véritables prisons ambulantes ou du niqab qui ne laisse apparaître
>> que les yeux.
>>
>> Si le foulard islamique constituait un signe distinctif
>> d’appartenance à une religion, nous sommes là au stade extrême de
>> cette pratique.
>>
>> Il ne s’agit plus seulement d’une manifestation religieuse
>> ostentatoire mais d’une atteinte à la dignité de la femme et à
>> l’affirmation de la féminité.
>>
>> Vêtue de la burqa ou du niqab, elle est en situation de réclusion,
>> d’exclusion et d’humiliation insupportable. Son existence même est
>> niée.
>>
>> La vision de ces femmes emprisonnées nous est déjà intolérable
>> lorsqu’elle nous vient d’Iran, d’Afghanistan, d’Arabie Saoudite ou
>> de certains autres pays arabes. Elle est totalement inacceptable
>> sur le sol de la République française.
>>
>> Nous savons, en outre, qu’à cette tenue vestimentaire dégradante
>> s’ajoute une soumission à son époux, aux hommes de sa famille, une
>> négation de sa citoyenneté.
>>
>> Il faut se rappeler les professions de foi de l’imam Bouziane, en
>> avril 2004, en faveur des châtiments corporels pour les épouses
>> adultères, sur fond de diatribe anti-occident, d’un racisme anti-
>> blanc, anti-France.
>>
>> Le Conseil d’État, dans un arrêt du 27 juin 2008, a eu à statuer
>> sur le cas d’une personne de nationalité étrangère, à qui le
>> Gouvernement avait opposé son refus d’acquisition de la nationalité
>> française par mariage (articles 21-2 et 21-4 du code civil). Il a
>> considéré que l’intéressée avait adopté « au nom d’une pratique
>> radicale de sa religion, un comportement en société incompatible
>> avec les valeurs essentielles de la communauté française et
>> notamment avec le principe d’égalité des sexes ».
>>
>> Le Conseil d’État a conclu que la requérante ne remplissait pas la
>> condition d’assimilation posée par le code civil.
>>
>> La commissaire du gouvernement avait, en effet, relevé qu’elle
>> portait le voile islamique intégral et vivait recluse soumise
>> totalement aux volontés des hommes de sa famille.
>>
>> Par ailleurs, la Haute autorité de lutte contre les discriminations
>> et pour l’égalité (HALDE) a eu à se prononcer sur le cas d’une
>> autre femme musulmane revêtue de la burqa lors d’une formation
>> linguistique dispensée par l’agence nationale d’accueil des
>> étrangers et des migrations (ANAEM) dans le cadre d’un contrat
>> d’accueil et d’intégration.
>>
>> Le directeur de l’ANAEM a interrogé la HALDE sur le point de savoir
>> si l’obligation faite aux personnes suivant cette formation de
>> retirer la burqa ou le niqab était conforme aux exigences des
>> articles 9 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des
>> droits de l’homme et des libertés fondamentales.
>>
>> Par une délibération du 15 septembre 2008, la HALDE a décidé qu’une
>> telle obligation était conforme à la dite convention.
>>
>> Elle aboutit ainsi aux conclusions suivantes :
>>
>> la burqa comporte une signification de soumission de la femme qui
>> dépasse sa portée religieuse et pourrait être considérée comme «
>> portant atteinte aux valeurs républicaines présidant à la démarche
>> d’intégration et d’organisation de ces enseignements, obligatoires
>> pour les étrangers admis pour la première fois en France » ;
>>
>> l’obligation de retirer le niqab ou la burqa pourrait être
>> justifiée par des buts légitimes qui sont les exigences de la
>> sécurité publique, d’identification des personnes ou encore la
>> protection des droits et liberté d’autrui.
>>
>> Ces jurisprudences sont utiles mais ne sauraient suffire à faire
>> face à ces pratiques que nous ne pouvons tolérer en France.
>>
>> C’est pourquoi il est proposé que l’Assemblée nationale se saisisse
>> de ce dossier et que soit créée une commission d’enquête.
>>
>> Elle s’inscrira dans la poursuite du travail de la « Commission
>> Stasi », qui, déjà en 2003, relevait les menaces qui pesaient sur
>> les libertés individuelles et la grave régression de la situation
>> des jeunes femmes.
>>
>> Celle-ci aura pour mission de dresser un état des lieux et de
>> définir des préconisations afin de mettre un terme à cette dérive
>> communautariste contraire à nos principes de laïcité, à nos valeurs
>> de liberté, d’égalité, de dignité humaine.
>>
>> Sous le bénéfice de ces observations, Mesdames, Messieurs, il vous
>> est demandé de bien vouloir adopter l’article unique de cette
>> proposition de résolution.
>>
>> PROPOSITION DE RÉSOLUTION
>>
>> Article unique
>>
>> Il est créé une commission d’enquête parlementaire de trente
>> membres afin de dresser un état des lieux de la pratique du port de
>> la burqa ou du niqab par certaines femmes musulmanes, de mieux
>> comprendre le phénomène et de définir des propositions afin de
>> lutter contre ces méthodes qui constituent une atteinte aux
>> libertés individuelles sur le territoire national.
>>
>> Elle doit rendre son rapport le 30 novembre au plus tard.
juin 22nd, 2009 à 7:18
Légiférer sur le port de la burqa et/ou du nibab ne serions nous pas là à la limite voir au delà de la Laïcité, un des piliers de notre République.
J’entends des commentateurs avertis nous dire que l’Islam n’impose pas ce type de vêtement. Alors nous serions dans le dommaine de la liberté individuelle et non de la liberté religieuse.
J’entends aussi des commentaires, provenant surtout de personnes demandant une loi, nous dire « dans les pays islamiques nous acceptons de porter un voile, alors chez nous ils doivent nous respecter (?) ». C’est oublier un peu vite, que, justement, nous sommes, en France, dans un pays Laïque ou les libertés religieuses et individuelles doivent être respectées.
Alors, si les adeptes de ces vêtements acceptent de se plier aux contrôles d’identité, si nécessaire, par des personnes duement mendatées, cela serait peut-être suffisant et relever de la réglementation et non de la loi ?
avril 22nd, 2010 à 14:51
En fait, dans un paysage MULTICULUTREL FRANCAIS, il ne faut pas “détonner”. Et puis l’expérience nous l’a montré plus les politiques et les législateurs taperont sur les “mauvais” musulmans plus ils se radicaliseront, on n’obtient rien par la force. Les politiques devraient commencer par Mettre plus d’argent dans l’éducation national, embaucher plus de personnel dans les écoles, et apprendre aux jeunes à penser par eux-mêmes, leur apprendre leur histoire aux sens large, celle de la colonisation, de l’Afrique qui a une grand histoire avec la France. C’est en éclairant et nourrissant les esprits, en transmettant des connaissances qu’on fait reculer l’obscurantisme à tous les niveaux ! Donc au lieu de réprimander, formons les jeunes esprits !